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PARIS – Sidéré par l’utilisation croissante de mots anglais en France, le maire de Québec Régis Labeaume s’est permis de briser les tabous et de lancer le débat sur cette question.

« La bête, c’est comme l’alcoolisme. Une fois que tu révèles le problème, c’est le début de la solution », a-t-il fait valoir mardi à Paris.

Happy Hours, Souvenirs Shop, Gifts from Paris : plus le maire revient en France, plus il remarque une omniprésence de l’anglais. « C’est du snobisme, mais là, du snobisme qui affecte ta langue, c’est pas trop bon, a tranché M. Labeaume. La France, c’est le foyer de la langue française. Nous, on se débat comme des fous et on fait un effort pour trouver des mots. »

Comme les Français sont plus nombreux, ils ont peut-être l’impression que leur langue est plus en sécurité, a constaté M. Labeaume. « Nous, on est insécures et on connaît les raisons historiques, mais on ne pourra jamais parler de francophonie en santé si on ne décide pas de réfléchir à ça et au moins de s’en parler entre nous. »

Malaise en France

Le maire avait mis la table lundi, à l’hôtel de ville de Saint-Malo. « La francophonie va très mal, on ne fait pas ce qu’on devrait faire », avait-il lancé.

Si aucun Malouin n’a osé l’appuyer à ce moment-là, « plein de gens sont venus me voir après mon discours pour me souffler à l’oreille qu’ils trouvaient que j’avais raison », a-t-il dit.

« Ce que j’ai dit à Saint-Malo, c’est qu’il va falloir se préoccuper de ça à un moment donné. Tout le monde travaille très bien, fait de gros efforts, mais c’est sidérant de voir la publicité ici qui utilise des mots anglais. C’est sidérant », s’est exclamé M. Labeaume.

Forum à Québec

Pour avoir parlé de la question avec de nombreux politiciens français depuis quatre ans, le maire Labeaume sait fort bien qu’il s’agit d’un sujet tabou. Néanmoins, il songeait depuis quatre ans à lancer le débat, retenu par ses « adjoints qui me disent qu’on a assez d’ouvrage », a-t-il indiqué.

Or, avec le premier Forum sur la langue française qui s’en vient à Québec l’an prochain, et auquel participeront plusieurs pays de la Francophonie, M. Labeaume se demande si ce n’est pas l’occasion.

Ajoutant qu’il ne veut pas « bousiller le forum », le maire entend discuter des possibilités avec Michel Audet, premier commissaire de l’événement. « Mais un jour, il va falloir qu’on en parle; ça ne peut plus être un sujet tabou. »

Un seul tabou subsiste en fait pour M. Labeaume : le recul du français à Montréal. « Je ne veux pas me mêler de ça », a-t-il laissé tomber.

Le maire de Paris s’inquiète aussi

Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, s’inquiète lui aussi pour la langue française en France, estimant qu’on assiste présentement à la création d’« une espèce de langue » souvent difficile à comprendre.

Lorsque Bertrand Delanoë écoute la radio ou regarde la télévision française dans son pays, il lui arrive parfois de ne pas comprendre certains mots anglais qui sont utilisés. « Maintenant, il y en a de nouveaux qui sont particulièrement liés aux nouvelles technologies et que personne ne comprend. Je me demande même si les Anglais les comprennent. Et donc, ça, c’est une espèce de langue qui est en train de se créer », a-t-il déploré.

Soucieux d’éviter de tomber dans le piège conservateur ou rétrograde, M. Delanoë n’en est pas moins préoccupé par la question, à l’instar de son homologue de Québec. « Il faut savoir que le langage, c’est quelque chose de très précieux dans la relation entre les êtres humains, mais c’est aussi un véhicule culturel, un véhicule pour des valeurs », a souligné le maire parisien, à l’issue de sa rencontre avec le maire de Québec.

Ces rôles multiples du français constituent autant de bonnes raisons de se battre « pour faire en sorte que la langue française et tout ce qu’il y a autour de la francophonie soient quelque chose de vivant, de moderne, de toujours bien présent dans la vie réelle », selon le maire de Paris.

Inventer des mots

Le premier magistrat n’a rien contre l’idée de travailler à inventer de nouveaux mots en français, d’après ceux en anglais, notamment dans le secteur des technologies. « Pourquoi pas? Si c’est pour régénérer la langue, je n’y vois pas d’inconvénient; si c’est pour l’affaiblir et l’appauvrir, je m’inquiète. »

M. Delanoë souhaite venir à Québec en juillet prochain, à l’occasion du premier Forum mondial sur la langue française, initiative du premier ministre Jean Charest.

Src : http://fr.canoe.ca/infos/quebeccanada/archives/2011/11/20111116-052444.html

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