Jamais, dans les temps modernes, un grand pays, membre du « concert européen », n’avait connu un sort pareil, celui que les Romains appelaient la debellatio, la destruction par la guerre qui fait disparaître le peuple et les États : « Cathaginem esse delendam ». (…) Il n’avait même pas été question de supprimer à jamais l’État allemand, mais en déclarant qu’il exigeraient une capitulation sans condition, en refusant de traiter avec un quelconque pouvoir allemand, les Anglo-Saxons avaient innové par rapport à toutes les grandes guerres de l’Europe moderne : même en 1814 et 1815, les Alliés d’alors avaient laissé le roi restauré traiter au nom de la France. On mesure ici l’extrême gravité de l’échec de la grand conspiration du 20 juillet : il n’y avait personne en Allemagne avec qui traiter. Hiter avait nettoyé la scène historique et l’adhésion de la nation au Troisième Reich privait de toute légitimité les émigrés répandus dans le monde.

Joseph Rovan – Histoire de l’Allemagne

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