Décidément en retard dans mes lectures, je découvre la tribune de Claude Hagège qui, dans un article du point du 5 août, répond à Frédéric Martel, se pose en pourfendeur du tout-anglais :

Pourquoi diable la France devrait-elle, dès lors, exalter l’anglais, au lieu de développer sa politique de soutien du français, maintenant imitée ailleurs ? Où l’auteur voit-il, aujourd’hui, le culte de la distinction et d’une langue châtiée, argument ringard fondé sur des faits d’il y a plus de deux cents ans ? Ne fréquente-t-il que quelques puristes réactionnaires ? N’entend-il pas le verlan des lycéens, ignore-t-il la diffusion de la langue des cités dans bien des milieux sociaux et, surtout, ce qui est essentiel : sa transmission par les anciens adolescents devenus parents ? Leurs innovations lexicales dans leurs blogs ou leurs SMS les mettent à l’avant-garde de la créativité qui façonne la langue. Et les romans émaillés de tournures du wolof, du kikongo ou d’un des dialectes de l’arabe ? Et les auteurs qui ne viennent pas des fécondes tropiques, mais dont la prose est nourrie des parlers quotidiens ? Du sort des langues régionales, d’autre part, il a une vue tout aussi ringarde : même si bien des progrès restent à faire, elles sont aujourd’hui au moins reconnues, depuis leur introduction dans l’enseignement par une loi de 1951. La France n’a pas  » peur «  de la mondialisation ; au contraire, elle en cultive le mythe et n’en décèle pas encore les motivations de pur profit pour les plus puissants et d’appauvrissement croissant des plus pauvres. Quant à l’anglais, canal de l’argent roi, une brève visite montrerait à l’auteur qu’il est omniprésent dans les universités, tout comme dans la quasi-totalité des domaines de la vie quotidienne. Et si le français n’est pas mort au Québec (îlot de 6,5 millions de francophones immergés parmi 265 millions d’anglophones – Etats-Unis et Canada), c’est parce que la fameuse loi 101 l’y a déclaré langue officielle unique.

La francophonie serait  » arrogante «  ou  » paternaliste et néocolonialiste « ? Vertueuse et comique rengaine ! Les amis de l’auteur devraient lui offrir un rapport sur l’action des chefs d’Etat qui, à peine leur pays indépendant, décidèrent en dehors de la France, au début des années 60, de promouvoir ce qu’ils trouvaient le moins mauvais : le français. C’est ce que font aujourd’hui 70 pays et régions, sur les cinq continents.

Le cinéma, enfin : depuis janvier, en France, 37 % de films français et 60 % de films américains dans les salles. Ce bon tiers ne résulte pas d’un gentleman’s agreement, mais de négociations acharnées entre ceux qui prônent l’ouverture totale des marchés et ceux, de plus en plus nombreux dans le monde, qui, avec les cinéastes français, maintiennent que les films ne sont pas des marchandises comme les autres. On a le droit de souhaiter qu’il n’y ait plus de films français en France. On peut vouloir aussi, tout en appréciant les quelques bons films américains, défendre la diversité.

Un grand libraire de Beyrouth me disait :  » Si les Français négligent le français, nous, et bien d’autres dans le monde, serons toujours là pour le défendre. «  J’ai entendu, d’autre part, des Américains influents mentionner avec un mépris amusé les Frenchies qui s’agitent pour prôner l’anglais : alliés zélés mais inutiles. Ne serait-il pas temps pour ceux-là de passer aux combats utiles ?

* Claude Hagège est professeur honoraire au Collège de France. Il a publié notamment un  » Dictionnaire amoureux des langues  » (Plon, 2009).

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Un résultat pour Non, le français n’est pas mort !

  1. laurange dit :

    Regardez des émissions de télé, des séries américaines en VO, dans chaque vous retrouverez des expressions françaises.
    Si la sur-utilisation d’anglicismes dans les entreprises est souvent risible, la présence de mots anglais dans la langue française commune ne doit pas nous effrayer ce sont des ajouts naturels qui font peut être peur pendant une seule vie humaine mais qui s’intègre au fil des générations.

    Pour le côté culturel et les médias, il faut effectivement combattre la facilité de reprendre ces séries à la mode et accompagner les cinéastes européens à montrer notre culture.

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