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Le « style Villepin » le déconcerte. Alors qu’on lui avait expliqué que Villepin représentait le Quai traditionnel, domaine réservé de l’aristocratie, Powell n’en croit pas es oreilles quand il entend certaines assertions de Villepin, comme, lorsqu’il lui dit : « Colin, vous faites déjà une guerre en Afghanistan. En faire une autre en Irak n’est pas raisonnable. Les guerres, c’est comme les femmes. On ne peut pas en avoir plusieurs. Tout le monde sait qu’avoir une épouse et entretenir une maîtresse, à la longue, c’est ingérable. »

Jean Saint-Iran – Les cent semaines – Villepin vu du Quai

Le 4 janvier, Villepin est de retour à Paris. Il a obtenu l’accord de tous les belligérants pour venir discuter en France du processus de sortie de crise. Mais le bilan de l’expédition à Abidjan n’est guère reluisant. Bongo, le Président gabonais, appelle Chirac pour lui dire au nom des dirigeants africains combien le comportement de Villepin leur est insupportable. Les députés de la majorité présidentielle qu’il méprise ostensiblement relaient ces plaintes. Ils l’accusent d’être un exalté et la presse parle d’ « homme malade » du gouvernement. On le qualifie de fébrile et Dominique Strauss-Kahn se gausse de cette diplomatie « cheveux au vent, du haut de la colline ».

Jean Saint-Iran – Les cent semaines – Villepin vu du Quai

A un ambassadeur qui est surpris de le trouver au téléphone à une heure avancée de la nuit à Paris, il répond qu’il est en train  de rédiger une de ses prochaines interventions. Cet ambassadeur s’étonne qu’il n’ait pas de « plume » pour faire cela. Et Villepin de dire : « mes discours rentreront dans l’histoire, autant que ce soit moi qui les rédige. »

Jean Saint-Iran – Les cent semaines – Villepin vu du Quai

Renauld Muselier est nommé ministre délégué. Quand on lui affecte un bureau, il se retrouve loin de celui de Villepin de l’autre côté des jardins du ministère.Quand il demande ce qu’on attend de lui, la réponse tarde à venir. Il a d’ailleurs l’honnêteté d’indiquer aux candidats, qu’il reçoit pour prendre la direction de son cabinet, que pour l’instant, il ne sait pas encore précisément qu’elle sera sa mission. Deux mois plus tard, il aura compris et il le saure très clairement. Parlant devant les ambassadeurs réunis pour leur conférence annuelle, il déclare : « Dominique de Villepin fait tout et moi je fais le reste … »

Jean Saint-Iran – Les cent semaines – Villepin vu du Quai

Après les échanges d’usage sur les dossiers en cours, Villepin propose à son prédécesseur de rester déjeuner avec lui. C’est en effet la tradition au ministère des Affaires étrangères. Les deux hommes abordent au cours du repas le problème du choix du nouveau directeur de cabinet. Villepin manifeste alors ses doutes et ne cache pas à Védrine la difficulté : trouver quelqu’un de compétent au Quai d’Orsay lui parait quasiment impossible. Et de déclarer que sur les quelque cent quatre-vingts ambassadeurs en poste,il y a cent vingt incapables qu’il faudrait congédier sur-le-champ.

Jean Saint-Iran – Les cent semaines – Villepin vu du Quai

Un immersion dans les représentations de la France à l’étranger, histoire de vérifier la validité d’un jugement prononcé par un homme du sérail, Dominique Galouzeau de Villepin, qui fit le choix du Quai d’Orsay à sa  sortie de l’ENA en 1980 et fut en poste dans les ambassades à Washington et à New Delhi. Nommé ministre des Affaires étrangères en 2002 après la réélection de Jacques Chirac à l’Elysée, il aurait estimé en s’installant au ministère que les deux tiers des ambassadeurs étaient des « incapables » …

Franck Renaud – les diplomates

On est beaucoup plus intelligent quand on court

Dominique de Villepin, le 13 septembre 2010, dans le magazine Jogging International.

Dominique de Villepin

Dominique de Villepin

Je reprends une information amusante que j’ai pu lire sur le blogue d’Olivier Delcroix : l’éditeur Dargaud a publié une bande dessinée : « Quai d’Orsay » dont le premier tome est d’ores et déjà disponible à la fnac.

Les quelques planches qu’il a mises en ligne nous permettent de voir un Dominique de Villepin (ministre entre 2002 et 2004) agité :

Arnaud Fleurent-Didier a mis en musique le discours prononcé par Dominique de Villepin à l’ONU lors de la crise irakienne :

Dominique de Villepin - un monde meilleur

Dominique de Villepin - un monde meilleur

Dans ce temple des Nations Unies, nous sommes les gardiens d’un idéal, nous sommes les gardiens d’une conscience. La lourde responsabilité et l’immense honneur qui sont les nôtres doivent nous conduire à donner la priorité au désarmement dans la paix.

Et c’est un vieux pays, la France, d’un vieux continent comme le mien, l’Europe, qui vous le dit aujourd’hui, qui a connu les guerres, l’occupation, la barbarie. Un pays qui n’oublie pas et qui sait tout ce qu’il doit aux combattants de la liberté venus d’Amérique et d’ailleurs. Et qui pourtant n’a cessé de se tenir debout face à l’Histoire et devant les hommes. Fidèle à ses valeurs, il veut agir résolument avec tous les membres de la communauté internationale. Il croit en notre capacité à construire ensemble un monde meilleur.

Par décret présidentiel paru dans le journal officiel, le président de la République française a souhaité que :

La dignité de grand officier appartienne de plein droit aux anciens Premiers ministres qui ont exercé leurs fonctions durant deux années au moins

Les mauvaises langues souligneront que Dominique de Villepin, premier ministre pendant un an, onze mois et quinze jours manque de peu la décoration. Il se consolera en se disant qu’il n’est pas le seul : Laurent Fabius (un an et huit mois) et Edith Cresson (dix mois et quinze jours) ne sont pas davantage concernés que lui.